DOIS PRA LÁ DOIS PARA CÁ

Hoje meus passos foram para cima,
amanhã, vai saber.
Dizem que se eu souber dançar conforme a música,
serão em pas chassé.

Aceito também quando forem de forró,
de samba ou
de xaxado.

Pode ser um passo de cada vez,
e daqueles que, agarrados, a gente escamba
ou tudo misturado.

O que eu preciso mesmo é de espaço.

E, convenhamos,
de todo modo, quem dita o ritmo
anda no seu próprio marca-passo.

Sol


Sol é quase a nota do meio

Nem ali ficaria parado
porque balança
de lá pra cá.

Nasce e morre.

Acorda grave e tende ao agudo
De leste a oeste.

Às vezes, passa pela tangente

e assim mesmo esquenta,
me faz vibrar.

Ergueria em sonata as folhas mortas do chão
se sol sonhasse com as águas da Bahia.

Em mim*

Estava no banheiro
esperando o vento passar.
Lá fora ele uivava,
chamando para entrar.
Sentada na tampa da privada
Ouvi Zaratustra assim dizer:
Levanta-te e conheça a ti mesma.

Obedeci.
Toquei-me o pulsar da aorta.
Lambi-me a ponta do fêmur.
Escutei-me a conversa dos neurônios.
Cheirei-me as cordas vocais.
Vi-me, meu coração,

quando empurrando a porta,
arrepiou-me até as pontas dos cabelos.



* Ou "Para você".

 


Coisas de comer (fragmentos)

1. ESMERALDAS


Arrêtes de lire au toilette sinon tu auras des hémeraudes.

Lulú achava que andar na beira do rio era o melhor dos passeios. Jogar pedras na água e enfiar as redondinhas no bolso, que ia embora pendurado como caxumba.
Na segunda-feira teve arroz, feijão e berinjela no cardápio.
Na terça-feira teve macarrão, abobrinha e peixe.
Na quarta-feira Lulú fez cara feia e só comeu iogurte. Disse que não gostava de beterraba.
Na quinta-feira teve grão-de-bico, frango e tomate.
Na sexta-feira teve espinafre, brócolis, batata e bife.
No sábado teve brócolis novamente, e alho porró.
Dizem que não há melhor relógio que o nosso biológico.
Pare de ler no banheiro, senão você terá esmeraldas!
Lulú olhou e respondeu:
  Então venha logo pegá-las! Hoje elas estão bem verdinhas!

    2. BEURRE BRÉTON


Alemanha?
Chucrute!
Japão?
Shushi!
França?
Ihhh, tem várias. Depende do lugar.
O jogo era assim: um dizia o nome de um país e o outro respondia com o nome de uma especialidade culinária. A conversa começara com uma história em torno do arroz e do feijão, concordaram que por causa dos anos passados ingerindo a mesma coisa, comiam os grãos da mesma forma com que faziam xixi: com pressa, sem apreciar o momento. Era o arroz o feijão e a mistura, como se os dois primeiros já viessem colados ao prato um quadro de assemblage cubista e só o segundo podia ter variantes, quando tinha. Às vezes era só arroz e feijão.
Parece que no sul é ratatouille...
E nas montanhas?
Batata com queijo, queijo com queijo e pão... Esqueci o nome dos pratos.
Tudo isso regado a vinho, né?
Olha, tá dizendo aqui na internet que cada francês consome uma média de 44 litros de vinho por ano!
Já contou quantos litros a gente deve beber de caldo de feijão? Daquele caldo que escorre pelo fundo do prato atravessando o arroz?
Pesquisaram os litros de café bebidos pelos brasileiros, os litros de cerveja bebidos pelos alemães, os litros de água consumidos pelo povo do Sudão, ficaram preocupados e decidiram voltar à França.
Você já leu Asterix e Obelix?
Não, já vi o filme. Bacana! Eles comem porco-do-mato... Caramujo...
Cara, a gente come coração de galinha e mulher não faz topless!
Qual é essa de topless?
Nada, só que não vemos as mesmas possibilidades nas coisas... Você come caramujo, pato, queijo com fungo, você faz topless?
Não...
Continuaram num bate-boca sobre a comestibilidade do pato e do fígado do pato. Decidiram que tudo ficava melhor com manteiga.
Parece que na Bretanha, tudo é feito com manteiga. Não é pão com manteiga, mas manteiga com pão. Queijo com manteiga. O croissant leva mais manteiga que farinha, sabia?
Deve ter uns pares de vacas na Bretanha para dar conta de tanta manteiga!
Mas o que eles não sabiam nesta conversa coisa que vou lhes contar um dia é como a manteiga dos bretões é fabricada. Depois você vai lá, conta para eles e talvez a conversa vá para frente.




Catalogues d'occasion



Elle ne se réveillait jamais de bonne heure, Aurora. Elle trainait dans le lit tant que les moucherolles aquatiques gazouillaient dans le ciel, tant que la chaleur fiévreuse n’avait pas martelé la tête des oiseaux. Elle tirait paresseusement le bras du sommeil, coincé entre l’oreiller en plumes et le drap en coton blanc, l’allongeait vers la table de chevet en attrapant le catalogue de Voyageurs Sans Frontières qu’elle feuilletait assise dans sur les draps désormais en boule jusqu’à que les pages tournent à la même vitesse des douze bruits de cloche au loin. Ensuite elle fermait le catalogue, le reposait sur la table de chevet et seulement après elle se levait. 

Tous les matins,  tous les jours de la semaine, l’histoire se répétait. À l’exception des mardis, quand les douze bruits de cloche étaient accompagnés d’un glissement de paquet sous sa porte. Aurora se hissait, marchait vers l’entrée, prenait le colis, l’ouvrait et posait le nouveau catalogue fraichement livré à la place du précèdent, sur la table de chevet. L’ancien, le catalogue lu, elle l’empilait sous son lit, sans aucune classification par titre, date de parution, ordre de préférence ou couleur. Elle essayait de répartir les tas de façon uniforme, de la même façon qu’on monte un mur en briques, mais sans mortier. Elle croyait ainsi que les tas seraient plus organisés, plus clairs, comme ses cheveux. De temps en temps il lui fallait pousser le chat qui s’empilait à la place des publications. Le chat quittait alors son rêve pour boire dans  sa gamelle et Aurora partait démêler ses fils dorés dans la salle de bains, puis elle avalait un bol de lait froid, passait un coup de rouge à lèvres rosé aux joues en le frottant avec les bouts du doigt et donner un éclat à son teint, et finalement elle descendait les escaliers de l’immeuble en sautillant, illuminée tel quel le soleil à pic.

Cette semaine-là ce fut le tour du Le point du jour, logé sur la table de chevet depuis la veille. Le dernier Le point du jour reçu datait d’un lustre ! Elle étira le bras vers la table de chevet et ouvrit la dernière page du catalogue. C’était une habitude de lecture, une introduction en forme d’avant-goût préalable au vif du sujet. Le feuilletage commençât par la liste d’hôtels cités dans les pages précédentes, des compagnies aériennes opérant sur les trajets racontés, des publicités variées de location de voitures et les cordonnées des lieux à visiter. Quand le premier bruit de cloche oscilla, Aurora venait de tourner la page dix-sept « Japon, l’île du Soleil-Levant ». Elle sourit. C’était la première fois que le Japon figurait sur un catalogue et l’odeur d’algue envahit sa pensée tel l’ anémone s’emparant de sa proie : fulgurante.

D’abord elle eut envie de refermer les yeux comme si une brume avait brouillée ses idées. Elle plaqua le livret ouvert contre sa poitrine et soupira en regardant le plafond languide, rayé par la lumière en traversant les fentes des persiennes. Son palais ne se souvenait plus du goût des algues et du riz gluant. Puis elle regarda à nouveau la photo qui servait de fond au titre et les successions de montagnes à perte de vue, l’horizon en haut de la page, tout devenant un blanc translucide jusqu’au titre. Aurora appela le chat, qui s’étira son corps avant de se poser à ses pieds sur le lit, arrondi en demi-lune et les oreilles dressées comme s’il allait écouter une histoire.  

Yūgure travaillait le soir. À dix-neuf heures pile il bipait son badge au tourniquet de l’entrée de l’usine. À dix-neuf heures cinq il aspirait la dernière pâte de yakisoba de son bol acheté dans un distributeur rapide et à dix il était en poste pour douze heures consécutives d’assemblage des diodes au corps des ampoules LED. C’était ainsi depuis bientôt onze ans. Ça faisait des années qu’il n’avait pas vu la nuit là dehors, ni même les feux de hana-bi illuminer comme des vers luisants enragés le ciel sombre d’été. Onze ans, tous les jours de la semaine, sauf les vacances. Quand il sortait du travail le soleil était déjà presque haut et le chat gris avait déjà traversé la route avec sa carcasse de poisson qu’il mangeait bredouille dans un buisson de blé qui avait germé dehors du champs, grâce au vent. Seul, dans ses treize mètres carrés Yūgure regardait par le fenêtre la mer au loin, écoutait le son de la mini-voiture d’Ikkyu San passer par la seule route « motorisable » de l’île avant de dérouler son futon rangé sous la table basse, chauffer un thé vert à la plaque électrique et le savourer assis en tailleur, tout en pensant au sommeil dont les paupières lourdes laissaient présager. Ce qu’il avait de bien dans cet emploi c’était qu’il économisait de l’énergie. Il n’y avait que le frigo qui tirait l’électricité comme un enfant en suçant la paille d’un sirop. Et la plaque de cuisson, qui servait à faire bouillir l’eau et cuisiner des poissons, des algues et des pâtes soba. Il refusait de prendre les petits déjeuner parce qu’il était sur que le ventre lourd était la cause de ses cauchemars. Il préférait manger invariablement à midi-trente, se coucher à nouveau une demi-heure plus tard et se lever à 18 heures pour se préparer à repartir. Ce jour-là il décida de ne pas dormir l’après-midi, sans quoi il ne pouvait pas mettre son plan en lumière. Un plan qui débuta avec une collection. Encore enfant, quand il faisait du vélo avec les copains de quartier, Yūgure avait une passion pour les collections. Tout d’abord il y eut les carapaces de scarabées rhinocéros qui voltigeaient près de la plage et qui finissaient par échouer sur le sable humide. Chacune des bestioles folâtres étaient disposées dans une boîte à biscuits vide et lorsqu’elle était pleine Yūgure choisissait seulement les beaux spécimens et les gardait. Il lançait les autres par la fenêtre de sa chambre et ceux-ci tombaient comme une pluie de grillons sur tout passant qui criait des choses (heureusement) incompréhensibles. Après quelques mois, quand ses cheveux ont fini par couvrir ses yeux, Yūgure lança le contenu de la boîte dans la poubelle et commença à collectionner les cartes postales égarées que les immigrants japonais vivant au Brésil envoyaient à leurs familles. Le père d’un de ses amis était postier, il livrait les courriers à vélo et à la fin de sa journée, toute carte postale sans destinataire connu  terminait dans la boîte. Même les cartes postales non atterries à Tokyo arrivaient jusqu’à lui : il les attendait au port, comme on attend une arrivée de poissons frais. Tôt le matin, avant que le soleil se pointe à l’horizon, il pédalait jusqu’à la plage et regardait au loin, en disant bonne nuit à ceux de l’autre côté de la Planète. Il adorait cela : imaginer que des deux côtés les gens se brossent les dents en même temps. Cela s’était arrêté onze ans plus tôt, quand Yūgure avait trouvé cet emploi dans l’usine. Depuis, il n’allait plus attendre le bateau au port, ni voir naître le jour et, malgré toute attente il ne jeta pas les cartes postales par le fenêtre comme des confettis de carnaval. La boîte demeura poussiéreuse à côté des étagères à chaussures de l’entrée de sa maison. Les premières années de travail furent douces : avec son argent, le jeune homme passait ses vacances dans une île voisine, mangeant de crabes à gogo et dormant jusqu’à être saoul, puisque les nuits moites faisaient la moitié du tour d’un cadran. Il se couchait avec le soleil et se levait quand le soleil lui caressait déjà la figure. Le teint finalement tournait au légèrement bronzé, avec deux rides blanches marquées au front dues à l’expression qu’il prenait pour regarder l’horizon, au loin, après la houle. Alors il marchait de travers comme les crabes, allant et reculant avec l’écume sur le sable jusqu’à la fin des vacances. Pendant un jour de travail il eut assez de cette vie. Il en eut assez que son teint doré se dissipe au bout de quelques nuits de travail et jours de sommeil, il en eut assez de voir le buisson de blé jaunir, faner et renaître, assez de ne plus dire bonne nuit à ceux de l’autre côté de l’océan, de ses vacances pourries. En retournant à l’usine par la route en terre, Yūgure expliqua à Sui, son voisin de rangée pour l’assemblage des petites pièces d’ampoules, qu’il vieillirait en grisonnant comme la paille d’un tatami. Sui rigola de lui entendre dire ça, mais au fond il savait que son avenir était  le même. Dans cette île, soit on tenait un bouis-bouis, soit on était pêcheur, soit on plantait du blé de sarrasin, soit on regardait les chats circuler par les toits ou soit, quand on avait déjà fait un peu de tout cela ou que tout cela semblait impossible à faire pour diverses raisons, on travaillait de nuit à l’usine et, plus tard dans la vie, on devenait gris. D’ailleurs, l’usine était construite à cet endroit justement pour donner un peu de lumière à la population décroissante de la minuscule île. Au fur et à mesure du temps, il finit par rester un seul bouis-bouis encore en fonctionnement dans l’île, ainsi qu’un tas de bateaux en putréfaction sur le port et trois producteurs de blé. Tous les autres étaient assembleurs, contrôleurs de qualité, emballeurs... Les plus jeunes travaillaient la nuit, les plus âgés le jour. Et même en vieillissant les moins jeunes demeuraient dans le tour de nuit et les plus-plus âgés le jour. À croire que l’usine s’éteindrait inévitablement comme les diodes qu’ils assemblaient. Ce fut en prenant conscience de cela que Yūgure décida de mettre en route son plan. Tous les jours, désormais, il arriverait quelques minutes plus tôt au travail, accepterait de bon gré le bol de pâtes au sarrasin offert par l’usine et collectionnerait les hashis. Il en avait déjà 1242. Sui ne comprit pas quand Yūgure lui dit qu’il ne grisonnerait plus désormais : donc il houssa les épaules en souriant et fit semblant de comprendre avant de tourner à droite vers la plage de l’est. Après le déjeuner Yūgure disposait les hashis sur la table basse, les admirait en fronçant les sourcils comme il faisait par le passé, en regardant le lever du soleil. Il ne se rappelait plus qu’il fronçait les sourcils quand il était concentré, mais se rendit compte en sursautant quand il entendit Sui frapper à la porte d’une façon qui laissait croire qu’il était là depuis un moment. Sui voulait savoir ce que Yūgure voulait dire avec ne plus grisonner. Il n’avait pas pu dormir depuis le matin tellement il avait tourné et retourné l’affirmation dans sa tête. Ils s’installèrent autour de la table et Yūgure lui expliqua tout, étape par étape. À la fin, Sui ouvrit la bouche incrédule et il partit comme il était arrivé : en frappant à la porte. Sui ne pouvait pas comprendre : ne plus voir le jour se lever, ne pas avoir besoin de courir leur dire bonne nuit à l’autre côté de la Planète ne l’inquiétait pas et comme son frère était déjà gris, il pensait normal ce que qu’était une vraie fatalité. Seul, Yūgure se remit à cogiter en pensant que des bulles de savon pouvaient lui échapper par les oreilles, à cause de sa tête bouillonnante. Les bulles, brillantes et limpides contrasteraient avec sa chevelure noire et dissiperaient ses idées. Il bouchait donc les oreilles pour les empêcher de sortir. Il lui fallait une cage. Voici son plan. Un piège fait de hashi, car seuls les hashis pouvaient saisir l’insaisissable. Il rassembla les baguettes pendant toute l’après-midi, tête-bêche, pour que tout soit droit à la fin, comme les maisons traditionnelles en bois nommées minka. Chaque face de la petite cage faisait la taille d’un hashi, les toits descendaient presque jusqu’à la base de la construction et la porte, coulissante de haut en bas, restait ouverte grâce à un arceau en papier aluminium. Yūgure était content de son travail. Dans l’autres proportions, il aurait même pu devenir un constructeur de minka, mais presque tout le monde dans l’île habitait des apāto construits par l’usine aux quatre coins de la portion de terre flottante. Sui habitait à l’est, Yūgure à l’ouest depuis qu’il avait quitté la maison familiale du type minka, au Nord, pour se rapprocher du travail. Personne n’aimait plus les minka parce qu’il fallait changer la paille du toit comme pour les chaumières, sans quoi l’eau, le vent et les hotaru, aussi connus sous le nom d’insectes luisants, envahissaient la maison comme des étoiles dans le ciel noir. Le toit de la cage n’aurait pas ce problème, les hashi du distributeur étaient en plastique, donc plus durables. Il était presque 18 heures quand Yūgure vérifia une dernière fois que la colle était sèche et figeait bien la structure. Son plan consistait à construire une cage de hashi dans l’espoir de retenir et voir l’aurore au bord de la mer, même que pour quelques instants. Sa lumière caresserait sa peau en lui donnant un ton bronzé qu’il a pu connaître pendant les vacances. Mais les vacances auraient un jour une fin et le grisâtre finirait par s’installer pour toujours. Seule la cage pouvait le sauver de cette fin. La cage, il l’accrocherait derrière son vélo et laisserait les deux au parking de l’usine, de telle sorte que l’aurore puisse y rentrer et y rester. Enfin, au bout de 1260 hashis elle fut prête. L’ensemble était doublé à l’intérieur de papier aluminium en guise d’obturateur : une fois chaud l’aluminium dilaterait l’arceau de la petite porte qui tomberait en fermant le piège. L’aurore serait dedans, « enhashiée ». Yūgure travailla la nuit entière et le lendemain matin, quand il partit, il vit la maisonnette bouger derrière le vélo. Il pédala sans attendre Sui, rentra chez lui, posa l’objet sur la table basse, ferma les volets et s’installa pour enfin admirer l’aurore. L’instant, car il savait que son invention ne durerait qu’un instant, était enfin venu. Yūgure ouvrit fort les yeux malgré la fatigue et souleva la petite porte de la cage... Mais ce fut le chat gris qui sauta dehors, paniqué et en laissant sa carcasse de poisson. Yūgure cria, ouvrit la porte de sa maison et le chat se dissipa, galopant à plus jamais revenir. L’homme décida alors de disposer le piège sur le toit de sa maison, dans un subtil espoir de saisir l’insaisissable, et tous les soirs les diodes clignoteraient autour dans une sorte d’appel en langage morse...Un prélude à l’aurore.

Toutes ces pensées étaient confuses, mais Aurora était sûre : elle avait déjà lu tout cela  quelque part... Mais il y avait bien longtemps. Sûrement sur un de ces papiers des agences de voyage. Mais elle n’avait pas le temps de chercher dans les piles non classées. Dans un livre peut-être. Ce soir il faudra encore trouver une nouvelle agence pour commander un nouveau catalogue d’occasion. Il n’y a pas de livraison prévue pour mardi prochain, sans quoi il n’y aura pas de carte postale envoyée pour une destination quelconque, elle pensa.

Dans la page dix-huit ils proposaient un circuit allant de l’île du Sud vers l’île du Nord du Japon, mais il était trop tard, le douzième bruit de cloche venait de tinter. Aurora ferma le catalogue, se leva, descendit les escaliers, rayonnante comme jamais et alla poster une carte postale à un inconnu. L’adresse elle le trouva dans les dernières pages de l’annuaire du catalogue (l’annuaire disait « curiosités architecturales à visiter dans l’île » et donnait le nom et l’adresse de son propriétaire) et la carte postale parlerait des délices d’un séjour qu’elle n’avait jamais vécu. 


Comme chaque mercredi, elle racontait à un inconnu s’il faisait chaud ou froid, ce qu’elle avait mangé ou vu avec des détails brillants. De toute façon, elle n’était jamais sûre que le destinataire la reçoive et qu’il comprenne sa langue. Cette fois-ci son écrit était, évidemment, pour le Japon. La photo de sa carte postale représentait la masse verdoyante de l’Amazonie et une rivière serpentant le tout. Vue de loin, ça donnait l’impression d’un lit de brocolis (quels animaux y vivaient ?). Sa carte postale, postée à midi passé, commençait ainsi : Cher Yūgure, vous ne me connaissez pas. Je m’appelle Aurora.